Richard Serra: Monumenta 2008
Aujourd’hui vous apprendrez que:1) les sculptures peuvent être des dessins;
2) l’art est une forme sophistiquée de violence;
3) le Grand Palais vide est mieux que plein;
4) et aussi que les jolies filles en noir se promènent…
13.500 mètres carrés vides, le Grand Palais en version Ground Zero. Au lieu des Twins Towers absentes, cinq skyscrapers d’acier de 17 mètres de haut, 4 mètres de large, poids: 75 tonnes. En tout 375 tonnes de fer, une apologie de la force, une déclaration de guerre qui a commencé comme “un coup de dés“.
Richard Serra: “J’ai commencé a faire des dessins avec plusieurs lignes droites de part et d’autre de l’axe principal. (…) … il était possible d’incliner la base d’une des plaques en direction opposée à l’axe central (…) L’ensemble instaurerait une sorte de rythme en relation à l’axe vertical que le promeneur emprunterait. (…) Je ne savais pas combien de plaques utiliser. A force de dessiner, j’ai fini par penser que trois ou quatre plaques était une possibilité (…)”.
Après des études de littérature anglaise à Berkeley et Yale, Richard Serra découvre à Paris, en 1965, le très faux “Atelier de Brancusi” au Musée d’Art Moderne et décide de se mettre à la sculpture. Le Complexe de Târgu Jiu est fait d’une Table, d’une Porte et d’une Colonne; Serra installe ici cinq colonnes d’acier, transforme de Grand Palais en porte-avions, oublie la Table et la Porte, mais n’oublie pas d’appeler ce 9/11 démultiplié, ce Ground Zero post Târgu Jiu: “Promenade“! Pourtant, le sculpteur dit à Alfred Pacquement: “Chaque contexte à sa frontière et chaque frontière a une note idéologique“. Richard Serra est fabricant de contextes comme d’autres sont fabricants de météorites.
375 tonnes d’acier on été nécessaires pour réaliser cinq traits, cinq lignes, un dessin de 13.500 mètres carrés. Les dentelles superbement has been des voutes du Grand Palais font penser à Sisyphe qui “(…) ne me captive pas autant que l’infatigable Vulcain qui travaille au fond de son cratère fumant martelant la matière brute. Le processus de construction, la concentration et l’effort quotidien m’attirent plus que la légèreté du fantastique et la quête du sublime.”
Les lames de fer, les cinq épées que Richard Serra a forgées dans un geste wagnérien sont destinées à disparaitre dans quelques instants, demain, le 15 juin 2008… Faites pour le Grand Palais, dessinées et conçues pour ce lieu magique, témoin d’un illo tempore fastueux, les armes-contexte, les armes-frontière du forgeron américain nous rappellent que les empires eux-mêmes ne sont là qu’un instant, le temps d’une… promenade.
ps: thanks, Amalia!
LE SALON / PRESSE : COMPTE-RENDU
A part les previews offertes par Anne Malherbe , pas de déchaînement de point de vue sur le Salon du dessin contemporain du côté des blogueurs. Reste donc la presse en ligne.Les critiques sont bonnes. Le Salon était attendu - Valérie Duponchelle et Béatrice De Rochebouet parlent, dans Le Figaro , d’ “un énorme bouchon le soir du vernissage.” - et il n’a semble-t-il pas déçu : “Il gagne encore en qualité pour présenter un ensemble d’un très bon niveau, avec des œuvres variées, entre confirmations et découvertes.” (Henri-François Debailleux – Libération ).
Pour présenter autant que pour vanter le dessin, son prix relativement modique reste un argument que les critiques mettent souvent en avant. Un peut trop : on en oublierait presque les qualités plastiques de la technique. Harry Bellet, pour Le Monde , cite l’exemple d’ “un des artistes les plus chers du monde, le Britannique Damien Hirst. Cet habitué des enchères millionnaires a vu en 2007 un de ses dessins se vendre chez Christie’s pour 4 200 euros seulement.” Soit : un salon est devenu un lieu de ventes et c’est même au volume de celles-ci que l’on juge de la réussite de l’événement.
Mais arrêtons-nous plutôt sur ce qui fait l’intérêt du dessin, de cet intérêt qui ne se chiffre pas en pourcentage. Celui qui redonne le goût de créer ou de collectionner, qui rend l’inspiration aux créateurs comme le relève l’historienne de l’art Pascale Le Thorel citée par Solène Cordier dans Le Nouvel Observateur . Et celui aussi dont, à l’autre bout de la chaîne, le collectionneur Franck Leroy apprécie la sélection “remarquable de qualité et de diversité“ du Salon. Le dessin a une existence propre, il faut simplement, comme le préconise Harry Bellet, “se pencher dessus.” au contraire du tableau, “arrogant, [qui] vous en impose, de loin.”
Quant aux blogueurs, ne se sont-ils pas penchés sur le 2ème Salon du dessin contemporain ou sont-ils boudés par les moteurs de recherches ? Les lecteurs de D0010, adeptes de la lecture en ligne, fouineurs du web, auront peut-être trouvé des textes, des vidéos, des enthousiasmes ou des colères qui nous auraient échappé… Nous avons apprécié, bien sûr, les portraits vidéo de L’Art Vu mais n’y a-t-il pas d’autres choses ?
N.B. : Pour le texte de Judith Benhamou-Huet des Echos, voir dans D0010.
Corine Girieud
Didier Mencoboni chez Catherine Putman
L’exposition de dessins intitulée où ici est ailleurs (26 avril - 28 juin) s’est ouverte samedi. Le titre de l’exposition ne veut rien dire; c’est une mode qui date un peu, ces assemblages pseudo-mystérieux de mots… L’artiste est jeune, travaille à Ivry, et son accrochage est représentatif d’une nouvelle génération de plasticiens: respectueux du métier, de ses traditions; des constructeurs.Phase un: un rêve précis.
Démarche esthétisante: des volutes voluptueuses, des voluptes (cheveux? phantasmes discrets?)…
Phase deux: abandon partiel du lyrisme.
Les traits s’écartent en formant des cercles à l’intérieur du cadre déjà géométrique, rigide, du grand cercle externe.
Phase trois: une attitude rigoureuse.
En succession serrée, les points ainsi obtenus, forment des lignes, comme à l’école: une droite n’est-elle pas une succession de points? Le trait vrai vient d’être remplacé par le “trait-aplat” à la tempera, coloré, joyeux, mais justifié, sans artifice. L’écartement “désordonné” des lignes annonce la phase suivante.
Phase quatre: retour au jeu.
Retour aux voluptes du début, version ADN ou jazz…
Catherine Putman poursuit sa voie propre, celle du papier, sans tomber dans aucun des travers si répandus à Paris, aujourd’hui: ni star système systématique, ni jeunisme obligatoire, ni provocations…
En sortant de sa galerie, rue Quincampoix, j’ai failli - mais failli seulement - entrer dans une autre galerie. Voyant, à travers la vitre, une grosse installation très cablée dont les lettres formaient un horizontal FUCK YOU subtil et original de trois mètres de long, j’ai préféré m’abstenir et suis allé chercher ma bicyclette, pour me diriger vers la New Galerie de France…
Le dessin est un chemin vers cette vérité…
Depuis neuf mois, nous travaillons gratis. Des collectionneurs professionnels, des blogueurs distingués, des amateurs de dessin se demandent ce que nous faisons là. Par les temps qui courent, le mécénat de compétences, avouons-le, peut éveiller des suspicions…Cette nuit (oui, j’écris ce post nuitamment, une forme édulcorée de complot, genre Rossini: “In silenzio, piano, piano, Non facete confuzione, Per la scala del balcone, Presto’andiam via di quà…”), le message de P G (Toulon), collectionneur avoué, fait que je suis devant l’écran, tapant sauvagement sur le clavier, à minuit quinze! Voici ce message:
“(…) j’ai connu votre blog grâce a la gazette de l’Hôtel Drouot.
J’ai donc appris l’existence du dessin contemporain, surprenant, interressant.
Quelque chose de neuf n’a pas besoin de plaire mais de vivre. (…)
Ce qui m’épate, mais c’est personnel, c’est de savoir que je peux posséder un dessin d’un homme ou femme Vivant.
Je dis posséder dans le sens butin ou trésor.
Je n’ai que des dessins anciens.
L’idée fait son chemin.
(…) La sincérité est essentielle,
elle abolit les frontières et permet le dialogue.
Dans ce monde confus,
l’homme et ses enfants a besoin de BEAU.
Et le dessin est un chemin vers cette vérité. (…)”
Allez voir une modeste échoppe, celle de Kathrin Umbach et Thaddée Poliakoff, Le Coin Des Arts: vous découvrirez les fusains de Jean-Jacques Dournon, dessinateur de plein-air, et son accrochage: Vivre en Dessin. Quelques feuilles de papier de petit et moyen format, du travail sincère, du métier: le courage d’une longue marche solitaire. (jusqu’au 7 juin)
LES ÉCHOS / BENHAMOU-HUET - DESSINS: LE BOOM FRANCAIS
(…) « Pendant longtemps on disait : si les amateurs achètent des dessins, c’est pour la seule raison qu’ils sont plus accessibles financièrement que les toiles », remarque Hervé Aaron, le président du Salon du dessin installé au palais de la Bourse. « Aujourd’hui ça n’est plus vrai. Le domaine a acquis ses lettres de noblesse à part entière. On aime le dessin pour ce qu’il est, c’est-à-dire une oeuvre exprimant souvent une plus grande spontanéité, un geste enlevé, etc. Le marché du dessin n’a jamais été aussi haut. » Bertrand Gautier, de la galerie Gautier-Talabardon, évoque un marché soutenu : « Nous observons l’arrivée de nouveaux acheteurs français ou anciens résidents français, qui étaient, dans un premier temps, des clients exclusifs des ventes aux enchères. Désormais, ils s’adressent aux marchands. Leur profil : ils sont bien renseignés, aiment les choses compréhensibles immédiatement et pour lesquelles on peut établir des liens avec l’histoire de l’art. Leur démarche n’est pas spéculative. Ils devraient donc continuer à s’intéresser au domaine dans le futur. » (…)(…) Le domaine du dessin contemporain semble quant à lui moins mature. « Le marché n’est pas encore structuré, mais les prix s’inscrivent à la hausse » , explique Laurent Boudier, le directeur artistique du Salon du dessin contemporain. Une niche dans un secteur qui a désormais la réputation d’afficher des tarifs élevés. (…) on trouve des oeuvres à partir de 400 euros. (…)
(…) Suzanne Tarasiève, ordinairement dans le XIIIe arrondissement, est une des galeries qui défend ardemment la peinture et donc le dessin sur la place parisienne. Elle participe pour la première fois à ce Salon. « Le dessin est une forme directe, sans concession et sans repentir, le premier jet. Il présente aussi l’avantage d’être plus accessible financièrement. » (…) Un art actuel quasiment accessible à tous. Financièrement du moins. (…)
