Carl Krull: dessins contemporains
Visite d’atelier: le fond d’écran de l’ordinateur de Carl Krull est le temps qui passe (dix heures quinze = 10 15). Le modèle anatomique chinois d’acupuncture est posé haut, debout sur le bord de la fenêtre, comme une fausse statue pieuse de Lourdes qui vous guérit de tout mal.
Le jeune artiste dit: “J’aime mieux la façon de voir le corps des Asiatiques. Leur vision est subtile, la nôtre un peu mécanique, non?”
Puis, au sujet de ses animations virtuelles: “Le dessin sur ordinateur n’existe pas, je ne le sens pas - mais c’est drôle, c’est amusant.” C’est son bac à sable, sa planche de dessin numérique, sur laquelle l’artiste danois inscrit des têtes successives, naissant les unes des autres, des corps s’annulant mutuellement, se contredisant.
“Il faut commencer par salir le papier. La question n’est pas simplement de faire un dessin; c’est le processus qui est si important, l’expérience.”
Ses dessins sont très grands, des rouleaux de papier d’un mètre par un mètre cinquante, souvent plus. Il couvre, recouvre, découvre, travaillant, parfois, des deux mains à la fois, ambidextre. Encre de Chine, crayon, acrylique sont employés avec aisance - l’aisance que seule donne une formation classique; fils de peintre, Carl Krull a fait les Beaux-Arts en Pologne.
Je n’ai pas voulu demander qui était le sage en lotus dont la méditation furieuse faisait vibrer l’air, aussi bien à l’intérieur du dessin, que dans tout l’atelier, loin des jeux virtuels, des fonds d’écran et des horloges atomiques: 10 15, 10 16, 10 17…
Peut-être Lao Tseu, juste avant sa cérémonie d’adieux - ou bien Li Po, dans une scène d’ivresse?
“après trois coupes on est accordé au grand processus
après une mesure on se fond dans la nature”
L’artiste a trente-deux ans, sourit en parlant et parle avec simplicité; il est à la fois indifférent aux modes et bien dans son temps, de son temps, tout en préparant avec sérieux sa prochaine exposition de dessins à la V1 Gallery, à Copenhague.
Son site lui ressemble: clair, direct, dynamique. Des animations, des liens vers des sites d’amis et vers celui de son père, des portées de musique classique contemporaine, puis encore des dessin, des dessins… : http://www.carlkrull.dk/
Question: le travail traditionnel de Carl Krull est-il compatible avec la vidéo?
Cette question s’adresse à nos blogueurs d’élite, aux jusqu’au-boutistes, au kamikazes, aux têtes brulées, aux poètes, aux femmes fatales, à ceux qui lisent Cioran, à ceux qui lisent Baudrillard, à ceux qui lisent!
Allez-vous répondre?
Allez-vous risquer?
Oui?
Vraiment?
Merci!
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Commentaires
5 Réponses à “Carl Krull: dessins contemporains”
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J’ai souvenir d’avoir vu un film montrant Matisse dessiner. Contrairement aux vidéos de Carl Krull (ici et sur son site), ce film était passé au ralenti. Et là, que voyait-on ? La technique de Matisse, tout simplement. Son art. Les gestes qu’il faisait sans même le savoir (car il paraît que lui-même a été surpris du résultat). Les infinis aller-retour de la main à qq. millimètres de la feuille avant de poser une ligne.
Voir Carl Krull dessiner en accéléré donne l’impression de légèreté, de facilité dans le trait. Cela désacralise l’acte en le rendant enfantin.
Je ne vois pas bien ce que cela apporte, finalement.
et ceux qui ne lisent pas baudrillard sont ils exclu ???
ceux qui boivent du rhum et de la bière peuvent ils répondre ?
ceux qui fument de l’herbe ?
Guillaume: “et ceux qui ne lisent pas baudrillard sont ils exclu ???”
SLM: Oui.
Guillaume: “ceux qui boivent du rhum et de la bière peuvent ils répondre ?”
SLM: Oui.
Guillaume: “ceux qui fument de l’herbe ?”
SLM: “ceux qui fument de l’herbe ?” quoi?
oui il est compatible avec la vidéo parce qu’il est de son temps
lecteur de Cioran
ce sont des dessins qu’un père peut etre fier
pas de trahison
pas de transgression
S’il est vrai que l’accéléré enlève le mystère et la poésie, il donne une idée assez extraordinaire de la façon dont l’oeuvre se crée et comment l’artiste travaille de l’extérieur vers l’intérieur contrairement à la logique ; Freud pourrait disserter longuement sur cette manière de faire. En tout cas c’est un artiste à suivre…