GEORG BASELITZ REMIX

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Dans “Les Syllogismes de l’Amertume”, Cioran jette à la face du Vieux Monde: C’est en vain que l’Occident se cherche une agonie digne de son passé. La phrase est somptueuse, le propos désespéré! Après ça, vous avez le choix entre le suicide et le Club Méd. Sauf que Cioran c’est trompé! La preuve?

La galerie Thaddaeus Ropac présente une grande exposition. Allez-y, laissez tout, abandonnez vos soucis, quittez vos angoisses et allez prendre un cours de jeunesse, une belle leçon de volonté: Herr Professor Baselitz, pour son septantième anniversaire, honore Paris de sa présence! C’est de la joie pure et grave, une affirmation de l’être, des dessins peints et des peintures dessinées, des traits lumineux…

Le Maître allemand a repris ses oeuvres de jeunesse, celle qui ont fait scandale, quelques uns de ses grands thèmes. Il les a reprises a partir de photos, les a re-peintes, re-dessinées hic et nunc. Des oeuvres solaires, allant du soleil de midi à celui de minuit, du soleil jaune de l’enfance au soleil noir qui brille encore à minuit pour quelques uns d’entre nous, fidèlement.

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L’éditeur Milarépa Bacot nous a envoyé le texte qui suit en tant que commentaire à notre post précédent. La qualité de l’écriture et le niveau de la réflexion nous ont décidé de transformer son commentaire en post. Nous l’éditons accompagné d’images qui s’affrontent - ou qui semblent s’affronter. Méfiez-vous! C’est un texte sans innocence, le texte d’un dandy, élégant et réactionnaire comme il sied…

Avant de lui laisser la parole (écrite), que Milarépa me permette de poser cette question:

Et si l’Urinoir était une mise en garde?

Bonne lecture.

Serghei Litvin Manoliu, D0010

Serghei Litvin Manoliu - Go Baselitz - 2006 new york

Évoquer Duchamp, comme le faisait Christian Berst dans un autre post, c’est naturellement parler de « l’urinoir » et de la pensée qu’il incarne. Oui, l’urinoir me parait être emblématique du commencement de l’art contemporain. Oeuvre qui donne le vertige tant elle rend caduque les habituels critères de jugement de l’art (savoir-faire, beauté…). Le champ de l’art, en s’affranchissant alors des pratiques, s’est soudainement tellement élargi qu’il semble ne plus connaitre de limite. Tout peut désormais faire art.

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Par effet de contraste le dessin, en exigeant un savoir-faire devenu obsolète, semble incapable de s’inscrire dans cette histoire. L’art contemporain nait avec la mort du dessin.

Et pourtant. L’apparition récente du terme « dessin contemporain », parce qu’il traduit un concept qui paraît proprement impossible, focalise bien des attentions. Ce chiasme semble indiquer que quelque chose d’inattendu et de nouveau se passe.

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Dans cette perspective, poser la question du commencement de l’art contemporain sur un site consacré au dessin est loin d’être innocent. Une habile façon, en contextualisant « l’art contemporain » dans l’histoire, de révéler sont aspect circonstanciel, et suggérer l’existence d’autres possibles…

Peut-être ne s’agit-il pas d’un nostalgique et stérile « retour au dessin », mais bien que la passionnante histoire de l’art est à nouveau en train de s’écrire. Le « dessin contemporain », pour exister, impose de redéfinir le concept de l’art, et donc dépasser l’« art contemporain ». Cela repose sur la capacité du dessin à nous proposer des oeuvres qui soient radicalement du XXIème siècle.
Et bien, voyons les oeuvres maintenant…

Milarépa Bacot, éditeur

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Georg Baselix Remix est un événement qu’il ne faut rater à aucun prix!

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Commentaires

6 Réponses à “GEORG BASELITZ REMIX”

  1. S L M le 6 mars, 2008 18:53

    Lucileee vient de nous envoyer son post sur le même sujet, du 28 octobre 2007:

    Georg Baselitz à la Royal Academy of Art

    Il n’est pas de bon ton ces temps-ci dans “le milieu de l’art contemporain” de s’étendre sur la peinture, a fortiori sur celle de Georg Baselitz…

    … L’effet plastique des toiles de Baselitz est saisissant. Violent.

    On ressort de l’exposition un peu secoué et avec l’idée de la puissance et du pouvoir inouïs de la peinture…

    http://lucileee.blog.lemonde.fr/

  2. paule de vigneral le 6 mars, 2008 20:56

    après SLM puis Lucie comment ne pas se précipiter pour voir l’expo de Baselitz. Ceci dit je pense que même sans cela bon nombre d’entre nous l’avait déjà projeté.

    Mais je reviens sur la phrase de Cioran: “C’est en vain que l’Occident se cherche une agonie digne de son passé.” c’est désespérant, comme souvent Cioran, et si lucide. Je pense en vrac aux sempiternels pots de fleurs, aux vaches coupées en deux, aux bonbons déposés en tas, en vrac (ils n’étaient pas mauvais, merci), au ballon rouge, unique, qui trônait seul au beau milieu d’une galerie de Chelsea, NY (pardon il était filmé et projeté dans la seconde pièce de cette galerie) et tutti quanti?

    Mais, mais, il y a Baselitz, et d’autres (Lupertz par ex ou tant “d’inconnus”) et l’espoir renaît.Le renouveau du dessin et l’intérêt du public pour cette forme d’art. Et l’on se prend à espérer.
    Avec Millarepa “la passionnante histoire de l’art est à nouveau en train de s’écrire.”

    L’urinoir était peut-être un passage obligé; le coup de pouce d’un visionnaire génial, “l’art” revit et la visite des galeries va redevenir une aventure excitante. Rêve ou réalité?

  3. Manuel Montero le 7 mars, 2008 0:28

    On parle de temps en temps d’une “Peinture Maudite” propre à des gens de mon âge, bien que certains sont sortis du mauditisme (non sans mérite). Printemps passé, peu après son expo à la White-Chapel, j’évoquais sur le forum de Saatchi l’héritage de Pierre Klossowski (puisqu’on parle de dessin, justement): mon anglais était maladroit et il n’y a pas eu lieu de vrai débat.

  4. S L M le 7 mars, 2008 22:58

    Je trouve ça drôle; pas vous?

    Marie Sallantin
    17 janvier 2008

    « Ce n’est pas Philippe IV qui a fait Vélasquez, ce n’est pas la Quatrième République qui a fait Georges Braque, mais c’est la Cinquième République qui a fait Daniel Buren. »

    Il faut dire que Buren face à Baselitz…

  5. Manuel Montero le 8 mars, 2008 22:03

    J’ai laissé une critique du vernissage de la galerie Trafic sur mon blog. Si elle vous semble pertinente vous pouvez l’introduire dans le débat: par discrétion je ne le fais pas ici.
    Mais elle pursuit l’idée que j’étais en train d’ébaucher.

  6. paule de vigneral le 12 mars, 2008 18:14

    bravo Marie Salantin
    “qu’en peu de mots ces choses là sont dites…”
    c’est en effet drôle et très pertinent!

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