Qu’est ce que l’art, aujourd’hui ?
Le palais du Louvre est l’oeuvre identitaire majeure d’un empire à son apogée: la puissance militaire, politique, religieuse s’expose comme modèle universel. La “Mère” de Louise Bourgeois est l’aveu sous forme de monument de l’angoisse de l’individu seul devant soi-même, les autres et l’avenir.
J’ai sélectionné, dans un récent post de Lucileee, Cellar Door au Palais de Tokyo, une série d’excellentes questions:
“(…) Discours général virant à la glose péremptoire et justificatrice (jeune artiste, émergence, fiction, rêve, beaucoup d’argent, démocratisation, art total, c’est magnifique…) ? Amnésie volontaire des pratiques artistiques antérieures ? L’art est-il une quête du jeune, du facile-prêt-à-consommer-et-à-acheter ? Mais l’art est-il forcément du neuf, du nouveau ? Si toutes ces questions n’appellent que des réponses flottantes en vous, alors il est temps de se poser cette dernière question : c’est quoi l’art, aujourd’hui ?”
L’art c’est vous et moi - et la crise de l’art c’est aussi vous et moi. L’art c’est nous. L’art est, à la fois, miroir et autoportrait et confession. Il y a l’art qui se vend. Il y a l’art qui ne se vend pas. Les amateurs se disent artistes, les imposteurs se disent artistes… et les artistes aussi se disent artistes. Il y a les stars et les outsiders.
L’art contemporain se différencie de l’art du passé en cela qu’il se substitue, partiellement, au christianisme, au déclin du christianisme. La fonction de l’art est d’éternellement révéler le mythe et le symbole. Quel mythe? Quel symbole? Ici se pose la question cruciale de l’identité - toute identité se définissant par un système de mythes et de symboles. Et ceci est l’explication même de la crise actuelle de l’art: l’art étant affirmation identitaire, la crise de l’art révèle la crise - la perte - d’identité mythique et symbolique de nos sociétés.
À la question “Qu’est ce que l’art, aujourd’hui”, une réponse pertinente me semble être: Qui sommes nous devenus?
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Commentaires
3 Réponses à “Qu’est ce que l’art, aujourd’hui ?”
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La théorie de François Morellet sur l’art contemporain me plaît bien : “Les arts plastiques doivent permettre au spectateur de trouver ce qu’il veut, c’est-à-dire ce qu’il amène lui-même. Les œuvres d’art sont des coins à pique-nique, des auberges espagnoles où l’on consomme ce que l’on apporte soi-même” (”Mes comment taire mes commentaires”, 1999).
Alors qui sommes-nous devenus ? Certes… Ou peut-être devrions-nous revoir la conception de nos pique-niques…
L’art contemporain se substituant au christianisme ou à son déclin? On pourrait le croire en effet au vu de la prestation de Jean de Loisy à Notre Dame lors des conférences de carême. En voici un extrait (sur internet la totalité à http://catholique-paris.cef.fr/Conference-de-careme-intervention,5563)
” Sans cette crise, sans cette confiance, nous sommes comme l’incroyant : l’hostie est un peu de pain et non pas le corps du Christ. De même, le carré blanc de Malevitch ne sera qu’un tableau blanc. La fontaine de Marcel Duchamp ne sera qu’un urinoir, le grand requin de Damien Hirst ne sera qu’une épave biologique dans du formol et non pas, comme l’indique son titre, une réflexion sur l’impossibilité physique pour l’homme d’envisager sa propre mort. Autrement dit, cette confiance est la condition de la transsubstantiation de l’œuvre et, le miracle est, que si vous vous êtes abandonné à cet effort de l’artiste, vous accédez effectivement à un monde nouveau. Puis, comme ce fut le cas pour les apôtres, rien n’est ensuite plus pareil. Vous amateurs d’art vous êtes contemporains, c’est-à-dire témoins d’un monde élargi, vous, croyants en l’élan de confiance de Pierre envers son Maître, vous êtes chrétiens, c’est-à-dire témoin de la nouvelle alliance entre Dieu et les hommes.”
Le problème est que Jean de Loisy la finit par des blasphèmes ce qui le rend plus suspect de ressentiment qu’éclairé par le discernement. Du coup sa démonstration est pour le moins peu convaincante….
“Qu’est ce que l’art, aujourd’hui ?” c’est aujourd’hui et demain !
Laurent Delamarre